Son histoire d'amour pour un diplomate français lui a coûté deux ans d'emprisonnement à Pékin, puis sauvée par la visite de François Mitterrand. Vingt ans plus tard, elle a retrouvé la paix dans la peinture.
Li Shuang, épouse Bellefroid. Signe particulier : rebelle. Issue d'une grande famille chinoise, chrétienne depuis quatre générations, Li Shuang a grandi à Pékin sous l'oeil et la férule de Mao. Avant la révolution culturelle, son grand-père paternel était chef de la douane chinoise. Après la révolution, alors qu'elle a huit ans, son grand-père maternel est tué par les gardes rouges
Dans les années 60, Li Shuang grandit dans l'humiliation et l'isolement : son père directeur d'université à Pékin et sa mère professeur d'anglais sont quasiment séquestrés dans le campus avec leurs trois filles, qui voient le jour à l'hôpital de l'université. « A l'école, nous étions traitées comme des lépreuses, nous n'avions pas d'amis », se souvient-elle. Au cours du seul hiver 1968, par six fois, les gardes débarquent dans l'appartement de fonction et le mettent à sac. « Toute ma jeunesse a été une grande prison », dit-elle.
Le Progrès - Lyon Samedi, 29 mai 2004, p. 25
Son histoire d'amour pour un diplomate français lui a coûté deux ans d'emprisonnement à Pékin, puis sauvée par la visite de François Mitterrand. Vingt ans plus tard, elle a retrouvé la paix dans la peinture.
Li Shuang, épouse Bellefroid. Signe particulier : rebelle. Issue d'une grande famille chinoise, chrétienne depuis quatre générations, Li Shuang a grandi à Pékin sous l'oeil et la férule de Mao. Avant la révolution culturelle, son grand-père paternel était chef de la douane chinoise. Après la révolution, alors qu'elle a huit ans, son grand-père maternel est tué par les gardes rouges
Dans les années 60, Li Shuang grandit dans l'humiliation et l'isolement : son père directeur d'université à Pékin et sa mère professeur d'anglais sont quasiment séquestrés dans le campus avec leurs trois filles, qui voient le jour à l'hôpital de l'université. « A l'école, nous étions traitées comme des lépreuses, nous n'avions pas d'amis », se souvient-elle. Au cours du seul hiver 1968, par six fois, les gardes débarquent dans l'appartement de fonction et le mettent à sac. « Toute ma jeunesse a été une grande prison », dit-elle.
À 18 ans, son statut d'étudiante lui vaut trois ans de travaux des champs, une « rééducation » classique pour les intellectuels. Isolée, elle se réfugie dans la peinture et réalise après ses travaux journaliers plus de trois mille pastels. Ce n'est décidément pas la soumission que choisit la jeune Li, qui se forge une âme de rebelle.
Elle n'est pas seule. A son retour de camp, alors qu'elle décroche sur concours un travail de décoratrice au grand théâtre de Pékin, elle fonde avec quelques amis peintres et sculpteurs le premier groupe d'artistes avant-gardiste chinois, les « Étoiles », qui brillent obstinément dans la nuit communiste.
Leur première exposition impromptue dans les jardins du musée de Pékin, crée en 1979 la surprise et provoque un embouteillage monstre de bicyclettes dans la capitale chinoise. Trois jours plus tard, la police encercle les artistes et saisit les oeuvres. Il faut dire que le groupe, dont elle est la seule femme, avait choisi comme date de « vernissage » sauvage Le 1er octobre, jour de commémoration dans la Chine communiste.
Quelques semaines plus tard, elle rencontre Emmanuel Bellefroid, 29 ans, diplomate en poste à Pékin. Coup de foudre réciproque. Les amoureux choisissent de vivre ensemble dans l'appartement de l'ambassade de France à Pékin ! Sacrilège. « Je crois que là, j'ai vraiment mis les Chinois en colère », concède-t-elle. Effectivement, un beau matin, six policiers l'enlèvent à bord d'une Jeep militaire et la laissent trois mois au commissariat avant son procès, histoire de lui apprendre à se tenir.
Deux ans seule dans une cellule
Li Shuang passera ensuite deux ans dans un camp de détention pour jeunes délinquants, seule dans une cellule, à cent kilomètres de Pékin, où elle ne pourra recevoir que la visite de ses parents deux fois par mois.
Et leur faire passer des lettres pour son amoureux. Il faudra attendre 1981 et la visite officielle en Chine du nouveau président français, François Mitterrand, pour qu'elle soit enfin libérée.
Deux ans plus tard, elle arrive en France et se marie, enfin.
Aujourd'hui Li Shuang vit à Paris avec son mari, ils ont deux garçons de 16 et 10 ans mais ni le temps ni son histoire tourmentée n'ont eu de prise sur son visage lisse, son esprit libre et son indomptable sourire.
Entre son atelier parisien et sa maison de Charolles, elle n'a cessé de peindre et d'exposer partout dans le monde. Elle n'a renoncé qu'à une chose, contrainte et forcée : sa nationalité chinoise.
Pour autant, elle retourne régulièrement en Chine voir sa famille et y emmène ses enfants afin qu'ils soient bilingues.
Depuis l'histoire de Li Shuang, la Chine a autorisé les mariages mixtes.